1 nov. 2015

La France est-elle antijuive? – Réponse de Pierre-André Taguieff…

C’est la question lancinante qui est au cœur du dernier livre du philosophe, politologue et historien des idées Pierre-André Taguieff –Une France antijuive? Regards sur la nouvelle configuration judéophobe (CNRS Éditions, 2025).
Dans cet essai brillant et iconoclaste, Pierre-André Taguieff explore et analyse les formes les plus récentes de la haine antijuive, portée par un antisionisme radical mâtiné de complotisme et une islamisation croissante de la cause palestinienne.
P. A. Taguieff
P. A. Taguieff
Cet intellectuel non-Juif, directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique de France (CNRS) et auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages, est l’un des meilleurs spécialistes français de l’analyse des discours antisémites, antisionistes et islamistes.
  Il vient de publier aussi un excellent livre sur l’antisémitisme dans la prestigieuse Collection “Que sais-je?” des Presses Universitaires de France (PUF).
  Pierre-André Taguieff nous a accordé une entrevue.

La France de 2015 est-elle antijuive ? 

Je répondrai d’une façon nuancée à cette question. La France n’est pas devenu ou redevenue antijuive, mais il y a une France antijuive dans la France contemporaine. Il ne s’agit pas d’une renaissance, ni d’une résurgence, mais d’une réinvention, d’une nouvelle naissance, offrant au regard socio-historique plus de discontinuités que de continuités, plus de différences que de ressemblances.
Ce qui reste stable, c’est la puissance du rejet, de la haine et du ressentiment, mais aussi du mépris et de la peur, passions négatives qui fusionnent dans la diabolisation, mode de construction de l’ennemi chimérique, dont “le Juif” reste le paradigme et l’emblème. Mais le contexte de la nouvelle configuration antijuive n’est plus national ni européen ou occidental, il est devenu planétaire. L’erreur d’interprétation majeure de l’actuelle vague antijuive consiste à la réduire à un phénomène franco-français, à la penser sur le mode d’une répétition de l’Affaire Dreyfus, ou comme un “retour des années trente” ou à la période 1940-1944.