10 déc. 2015

Chronique de Michaël Bar-Zvi | Kaf Het Kislev 5776 - 10 décembre 2015

Depuis plusieurs mois les services de sécurité israéliens ont identifié des signes clairs de la présence en Israël de réseaux à caractère djihadiste et liés de manière directe ou indirecte à l’organisation de l’Etat islamique Daesh. L’éventualité d’un attentat similaire à ceux qu’a connus la France est une hypothèse de travail envisagée sérieusement en Israël. Depuis l’été dernier plusieurs cellules de terroristes possédant des armes lourdes et préparant des actions ont été démantelées.
Hier encore, on a appris que cinq terroristes appartenant à un réseau ont été interpellés il y a quelques semaines. Le plus inquiétant dans cette affaire c’est que toutes ces cellules sont nées au sein de la population arabe israélienne et non dans les zones contrôlées par l’Autorité palestinienne.

Raed Salah, ainsi oint par le Middle East Monitor. On ne rit pas.






















On reconnaît là la stratégie adoptée depuis le début par Daesh, qui consiste à utiliser la population locale pour commettre des attentats, et générer une atmosphère de guerre civile, en faisant monter la haine entre les communautés. Jusqu’à présent Israël a réussi à déjouer ces tentatives, souvent avec l’aide des familles des terroristes potentiels, mais on le sait il y a déjà plusieurs dizaines de jeunes arabes israéliens qui ont rejoint les rangs de l’organisation Etat islamique. Plusieurs d’entre eux ont été arrêtés à leur retour de Syrie via la Turquie, et un réseau a pu être également démantelé avec l’aide des autorités chypriotes.

Le Premier ministre grec Tsipras a conclu un accord de coopération avec Israël sur les questions de sécurités et de lutte contre le terrorisme. Le scénario d’un méga-attentat commis par des arabes israéliens serait catastrophique aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur, et les services de sécurité ont tenté d’impliquer les dirigeants politiques des différents partis arabes, mais se sont heurtés jusqu’à présent à un refus total de coopérer. Pire, ils ont manifesté leur soutien au cheikh Salah, dont le parti vient d’être interdit en raison de ses appels répétés au djihad.

Même les députés arabes chrétiens se refusent à voir la menace, et nient une réalité, dont ils seraient sans aucun doute les premières victimes, comme on l’a vu à Gaza et même à Bethléem. Nazareth, ville chrétienne, est devenu le bastion des extrémistes et ce n’est pas un hasard si les derniers terroristes arrêtés sont originaires de cette ville, dont le maire a pourtant accusé les partis arabes d’irresponsabilité.

Un attentat commis par des arabes israéliens aurait des répercussions économiques immédiates sur cette minorité, et c’est bien sûr ce que cherche Daesh, à savoir rendre la cohabitation entre Juifs et Arabes en Israël impossible. A chaque remous ou vague de violences entre Israéliens et Palestiniens, les tensions entre la majorité juive et la minorité arabe augmentent rendant la situation de plus en plus précaire pour la vie quotidienne.

Une manifestation qui tourne mal à Yaffo, à Haïfa ou à Ramleh entame le capital de confiance et entraîne parfois un boycott des commerces arabes pendant des mois, alors comment imaginer les réactions après un attentat de grande envergure dont les terroristes seraient des arabes israéliens ?

La politique anti-terroriste israélienne a toujours consisté à privilégier l’intervention en amont, mais même le meilleur système peut avoir des failles, surtout face à des ennemis qui nous connaissent bien et vivent avec nous depuis toujours. La vigilance est de mise en Israël, qui ne prend jamais ces menaces à la légère, mais suffira-t-elle à éviter le pire ? Notre force n’est-elle pas aussi avant tout celle de savoir reconnaître nos points faibles ?