31 janv. 2016

Bienvenue au mécomtemporain capital, par Pierre Nora

Discours de réponse de Pierre Nora à Alain Finkielkraut.

Monsieur,
Cher Alain Finkielkraut,
Il y a tout à parier que ce jour restera marqué d’une croix blanche dans les annales de votre vie. Non à cause de l’émotion que nous avons tous connue en descendant cet escalier, sanglés pour la première fois dans notre costume, au son des tambours et sous les sabres de la Garde républicaine. Non. Pour une raison particulière et qui n’appartient qu’à vous : pendant une heure, vous allez devoir m’écouter sans m’interrompre !

Pierre Nora
Je pourrais dire sur vous des horreurs, des erreurs. Et vous, dont l’image est associée à votre émission « Répliques » ; vous que notre ami Milan Kundera définissait un jour comme « l’homme qui ne sait pas ne pas réagir », vous devriez, vous l’intranquille, demeurer sans réplique et sans réaction.

«Un nom à coucher dehors est reçu sous la coupole», par Alain Finkielkraut

Le magnifique discours d'Alain Finkielkraut lors de sa réception à l'Académie Française.
Sur son épée : "La République une et indivisible, notre royaume de France", citation de Péguy ; une tête de vache ; un א

Mesdames, Messieurs de l’Académie,
En manière de préface au récit débridé que lui a inspiré le tableau d’Henri Rousseau La Carriole du père Juniet, Félicien Marceau relate le dialogue suivant :

– La carriole du père Bztornski ? dit le directeur de la galerie. Qu’est-ce que ça veut dire ?
– C’est le titre de mon tableau, rétorqua le douanier Rousseau.
Le directeur plissa son nez, qu’il avait fort grand, et agita son index, qu’il avait fort long.
– Mon pauvre ami, avec ce titre-là, vous ne le vendrez jamais, votre tableau.
– Tiens ! Pourquoi ? dit Rousseau qui, de son passage dans l’administration de l’octroi, avait gardé le goût d’aller au fond des choses.
– Bztornski ! reprit le directeur avec force. C’est un nom à éternuer, ça. Mon cher monsieur, retenez bien ceci : un client qui éternue, c’est un client qui n’achète pas.
Et, rêveusement, il énonça :
– Ce doit être une loi de la nature.
– Alors, qu’est-ce qu’on fait ? dit Rousseau.
– Mettez Juniet et n’en parlons plus, dit le directeur. C’est le nom d’un de mes cousins. Un négociant. Très honorablement connu dans tout le Gâtinais, ajouta-t-il après un temps et sans doute pour balayer les dernières réticences du peintre.
Telle est la scène qui, s’il faut en croire le célèbre historien d’art Arthème Faveau-Lenclume, se serait déroulée, par une belle journée d’octobre 1908, dans une modeste galerie de la rue des Saints-Pères.

27 janv. 2016

Najat et le salafiste : un Etat laissé sans voix, par Fatiha Boudjahlat

Fatiha Boudjahlat est secrétaire nationale du Mouvement Républicain et Citoyen 

Le récent mutisme de la ministre face à un islamiste radical, lors de l’émission « Le supplément » présentée par Ali Badou, quand on attendait la parole de l’Etat, renforce cette ambiance de relativisme culturel et d’affaiblissement  politique dans laquelle nous essayons de surnager. Et son communiqué ne dément en rien cette insuffisance.
Refusant d’abord de s’exprimer, puis se ravisant et limitant la portée de ses propos par un « je n’en dirai pas plus »,
« Je n’en dirai pas plus », et tant pis pour notre civilisation.
Mme Vallaud-Belkacem a laissé croire que l’égalité homme-femme n’était qu’une opinion parmi d’autres, pas un préalable civilisationnel, pas un droit. C’est que ses hauts-fonctionnaires ne lui avaient pas fourni les éléments de langage. Et sans colonne vertébrale ni éléments de langage, elle a failli et traduit par son incapacité sémantique l’impuissance politique de ce gouvernement qui a renoncé. C’est pourtant par la sémantique que les attaques commencent toujours. Ce mot d’islamophobe que l’on veut installer dans les consciences et dans le Droit. Et cet adjectif d’orthodoxe que le président de cette drôle d’ONG salafiste veut substituer à celui d’islamiste radical. Ce qu’il est. Rendons à César ce qui appartient à César et aux barbares…

26 janv. 2016

Quand la télé invite les ennemis de la République, par Isabelle Kersimon

La société du spectacle si bien analysée par Guy Debord est une ogresse qui se nourrit infiniment d'elle-même. Depuis quelques années, elle développe avidement ce qu'elle nomme «clash». Cela consiste à célébrer ce que la démocratie enfante de pire: la négation absolue de la pensée et du débat. Constatant que les plus grosses audiences des réseaux vidéo tels que Youtube se partagent le marché juteux des arènes infamantes et des conseils cosmétiques pour adulescentes écervelés, les chaînes de télévision classiques ont emboîté le pas, s'autocaricaturant jusqu'à l'absurde dans l'infotainment.

24 janv. 2016

Quand France 2 nous refait le coup de l’ORTF à l’envers, par Franck Crudo

Jeudi 21 janvier. Il est 20h55 et je m’installe devant ma télé pour regarder « Des paroles et des actes ». Faut dire qu’un Finkielkraut-Cohn-Bendit, c’est un peu comme un PSG-OM ou un Nadal-Federer, ça ne se rate pas. Le débat est courtois, les deux hommes se connaissent depuis des lustres et chacun égrène ses arguments.

« Dany le rouge » frappe fort d’entrée de jeu, mais manque de créativité. Il récite avec verve le type d’argumentaire sophistique que j’avais épluché ici-même il y a deux mois. Un zeste de « pas d’amalgame », une cuillerée à soupe de « pas de stigmatisation », un doigt de victimisation et d’excuse sociale, le tout saupoudré d’une bonne dose de « pas de généralisation » et surtout de « les autres n’ont pas fait mieux ». Et le tour est joué.
Le Tricheur de Latour

DPDA : Les paroles sont un avant-goût des actes, par Cyril Bennasar

Il faut laisser s’exprimer la haine, pour la regarder en face.

Après l’intervention de Wiam Berhouma dans l’émission des paroles et des actes, Alain Finkielkraut s’est dit accablé par ce qu’il venait d’entendre, avant d’ajouter que c’était très intéressant. En lisant les commentaires de cet « échange », je m’aperçois que nous sommes nombreux a à partager ce sentiment d’accablement. Dans mon cas, ce n’est pas la première fois. Je suis toujours accablé quand ce que la France réussit le mieux rencontre ce qu’elle produit de plus navrant, et que, rencontres après rencontres, il semble qu’aucun progrès ne vienne.

4 janv. 2016

Le vrai communisme du XXIe siècle, par Sylvain Gauthier


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Après les émeutes de 2005, Alain Finkielkraut eut cette formule, heureuse métaphore polémique, selon laquelle l’antiracisme était le communisme du XXIe siècle. Un idéal au départ généreux qui donne lieu à une insidieuse terreur intellectuelle et à une censure de la pensée, l’audacieux parallèle met bien en lumière la dérive dogmatique de l’antiracisme. Si l’aspect totalitaire de celle-ci peut être abondamment illustrée, comparaison n’étant pas raison, on conviendra que les crimes de masse du communisme surpassent, en terme d’ampleur et de gravité, l’abrutissement des masses par l’antiracisme.

Le véritable communisme de notre siècle, lui, tue vraiment. Et comme le communisme, son système immunitaire lui permet de le faire tout en niant être impliqué dans les meurtres perpétrés en son nom. Le véritable communisme du siècle, c’est l’islam.

2 janv. 2016

De la morale en politique, par Shmuel Trigano

GONG : Organisation Non Gouvernementale Gouvernementale
Sans démocratie interne, sans contrôle externe, la plupart des ONG sont stipendiées en secret par des Etats (notamment européens). L'Etat démocratique, Israël en particulier, est leur cible. 

Trois événements ont défrayé la chronique israélienne ces derniers temps. Le premier, sans doute le plus fort, a été rapporté par le journal Israël Hayom, révélant au public que le Syndicat des médecins israéliens avait adopté une nouvelle règle, préconisant, en situation d'urgence grave où les blessés sont nombreux et l'équipe médicale limitée, de soigner non plus comme avant en premier lieu les victimes mais, si le cas se présente, le blessé le plus grave et donc possiblement le meurtrier quand il a été touché par la police si elle était là. Ce changement de politique, pris à l'initiative de l'ONG "Médecins pour les droits de l'homme", prend un relief particulier avec les assassinats islamistes au poignard (à l'heure actuelle, 22 personnes assassinées, 347 blessés ou traumatisés), encouragés et célébrés par l'Autorité et  la société palestiniennes ( dont 65% soutient les meurtres de Juifs). Une victime pourrait donc mourir faute de soins immédiats, dispensés à l'assassin plus gravement blessé , "avec amour et de tout cœur" (Dr Israël Eilig) comme aux victimes? L'émoi publique est d'autant plus grand que la décision a été prise secrètement pour éviter tout débat forcément politique. La question qui se pose: à quoi sert d'être citoyen d'un Etat qui ne vous accorde aucun intérêt particulier en cas de danger ?