13 oct. 2016

Cannabis : la réaction d'un professeur de médecine devant l'irresponsabilité politique, par Patrice Tran Ba Huy

Membre de l'Académie nationale de Médecine, Patrice Tran Ba Huy est professeur de Médecine à la Faculté Saint-Louis-Lariboisière et président de la Société française d'ORL.
A intervalles réguliers, le débat sur la dépénalisation du cannabis agite la scène médiatique. On y entend alors des soi-disant «responsables» politiques, tout ébaubis par l'audace de leur transgression, décliner une série d'arguments justifiant la légalisation de cette drogue. Curieusement ne sont pratiquement jamais évoquées les redoutables conséquences sanitaires qu'amplifierait sans nul doute pareille décision et que souligne un nombre croissant d'études épidémiologiques. 

De nombreuses études concordent pour montrer que le risque de schizophrénie est d'autant plus important que la consommation de tétrahydrocannabinol est précoce et intense.

On connaît les arguments des «abolitionnistes». La dépénalisation priverait le crime organisé d'une source majeure de revenus. Elle diminuerait significativement les coûts policiers, judiciaires et carcéraux liés à la politique de répression de cette drogue tout en assurant des rentrées fiscales estimées à près d'un milliard d'euros si celle-ci était taxée comme le tabac. Argument ultime, la prohibition du cannabis, légale depuis 1970, est un échec, la France occupant le premier rang des nations européennes avec plus d'un million et demi d'usagers réguliers, 600 000 usagers quotidiens et 300 000 gamins l'ayant déjà expérimenté! Alors pourquoi ne pas abroger une loi inefficace et donc inutile… bref une loi en jachère à l'opposé de la culture de son objet, elle en véritable explosion et en constant progrès de rendement (la concentration moyenne du tétrahydrocannabinol (THC), son principe actif, a été multipliée par 5 dans la résine au cours des dernières années).