19 mai 2017

Connaissez-vous l’intersectionnalité ? par Jean-Paul Brighelli

Les 18 et 19 mai, l’ESPE de Créteil organise un colloque intitulé « Penser l’intersectionnalité dans les recherches en éducation » — un joli charabia pour fortifier le communautarisme et le racialisme.

Ces gens dont le fond de commerce consiste à titiller les différences pour en faire la brique initiale d’un communautarisme létal.

À cette heure, le rectorat de Créteil hésite encore à interdire le colloque organisé sous son égide (et sous celle de certains syndicats enseignants, SUD-Education par exemple) à l’Ecole Supérieure du Professorat et de l’Enseignement (ESPE) de Créteil en milieu de semaine. Un coup d’œil rapide sur le programme doit pourtant faire dresser les cheveux sur la tête de tout responsable un peu lucide : les « travaux » de ces « chercheurs » en éducation s’articulent autour de la notion de « race » — un concept rejeté avec raison par les instances officielles, mais réintroduit depuis quelques années par le Parti des Indigènes de la République, afin de dissocier à jamais les « indigènes » (les descendants des anciens « colonisés », tous victimes, étant entendu qu’il n’y a jamais eu, par exemple, de traite transafricaine et musulmane) des « Français de souche », « Céfrans » ou « souchiens » dans le doux langage banlieue.


On trouvera avec le programme complet l’état de la recherche sur cette notion sémantiquement barbare d’intersectionnalité. En clair, il s’agit d’étudier l’effet sur l’éducation « des effets produits par le croisement des dominations, qu’elles soient de classe, de « race », de genre, mais également religieuses, ou encore liées aux sexualités ». Qu’on se le dise : « L’occultation de l’ethnicité à l’école paraît conduire à la mise en œuvre occulte d’une série de discriminations fines en défaveur des enfants d’origine étrangère et de leurs familles ». Le but du complot, bien sûr, étant de conforter « l’idéal républicain et universaliste d’une école égalitaire, qui traiterait tou-te-s les élèves de la même manière et permettrait leur « intégration ». »

On appréciera au passage le tic d’écriture qui sous prétexte de n’oublier personne, rend le texte illisible. Le communiqué final tout récemment envoyé en guise de salut par Najat Vallaud-Belkaem à tous les « Cher.e.s professeur.e.s et personnels de l’Éducation nationale » (sic !) est bourré de ces solécismes politiquement corrects. Je défie de lire à voix haute ce merveilleux « tou-te-s » en respectant les effets de dissociation phonétiques et graphiques. Mais ce n’est pas l’essentiel.

L’essentiel, il est dans les guillemets autour du mot « intégration ». Les gens qui participent au dit colloque ne visent absolument pas l’intégration : ils veulent la différenciation sur des critères « ethniques » — tout comme le Parti des Indigènes de la République qui au même moment appelle au lynchage de Sophia Aram. Alors même qu’il est formellement interdit, dans l’Education Nationale comme ailleurs — et c’est bien heureux — d’opérer une quelconque discrimination (il n’y a ainsi aucune étude statistique sur la réussite ou l’échec des élèves en fonction de leurs origines, que l’Ecole n’a pas à prendre en compte), un tel colloque rétablit, sous prétexte d’analyser des discriminations qui n’existent pas dans les pratiques de classe (encore heureux !), un point de vue « ethnoracial ». On se demande souvent à quoi servent les sociologues : sans doute à « mettre au jour les inégalités scolaires selon la classe, l’origine migratoire et le genre ».

Rappelons au lecteur non informé que les copies d’examen ou de concours sont soigneusement anonymisées ; que le correcteur ignore par définition le « genre » de l’élève ou de l’étudiant, encore plus son origine « ethnique » ou la couleur de sa peau ; que je peux témoigner que ça n’a, dans les oraux, aucune espèce d’importance — sauf aux yeux des imbéciles qui se croient sacqués parce qu’ils ont telle ou telle apparence, alors qu’ils ne sont notés que sur leurs performances. « C’est parce que je suis black que vous me notez mal ! » « Non, c’est parce que tu es analphabète, ce qui est pardonnable, mais de surcroît analphacon. »

Toute politique qui viserait à différencialiser les élèves en fonction de leurs origines serait une politique de gribouille : la discrimination positive mise en place par feu Richard Descoings à Sciences-Po a si bien marché qu’aucun des banlieusards exemplaires intégrés par l’école de la rue Saint-Guillaume n’a réussi l’ENA : tout le monde n’est pas fils de toubibs et ne sort pas de l’Ecole de la Providence. Pendant la récente campagne électorale, j’ai eu l’occasion de dire que la proposition de Marine Le Pen visant à refuser de financer avec des fonds publics la scolarisation des enfants d’émigrants était stupide : il faut au contraire leur en donner davantage, quitte à les dissocier de leur milieu, qui ne peut, dans un premier temps, que les tirer en arrière. Des enfants formés à parler français, éduqués dans la culture française, formeront à leur tour leurs parents. Ainsi fonctionne l’intégration dans l’universalisme français.

Évidemment, cela ne fait pas les affaires de ces gens dont le fond de commerce consiste à titiller les différences pour en faire la brique initiale d’un communautarisme létal. Quand on se propose dans un colloque d’« articuler race, classe, genre, colonialité » (sic again !), cela implique que les descendants des pays colonisés se constituent en groupe autonome, et refusent à terme toute intégration dans l’ensemble français. Rien d’étonnant dès lors si l’un des intervenants du colloque est un militant du NPA, Renaud Cornand, qui avait incité son mouvement à soutenir, il y a quelques années, des candidates voilées à des élections locales, et qui a tenté lui aussi de demander ma peau, ce qui, rappelez-vous, m’a bien fait rire. Ils devraient réviser les fondamentaux du marxisme, au NPA, et tenter de comprendre ce qu’est « l’opium du peuple ».

Rien d’étonnant donc qu’un organisme strictement laïc comme le Comité Laïcité République s’indigne de la tenue d’un tel colloque — organisé dans une institution officielle, formatrice d’enseignants, avec l’argent du contribuable. Le prochain ministre de l’Education (ciel, quel suspense…) serait bien inspiré d’interdire ce genre de manifestation où l’exaltation des particularismes, aiguisés par la certitude assenée que l’on appartient au clan des victimes, ne peut déboucher que sur des germes de division, de racisme, et de guerre civile.

Jean-Paul Brighelli est enseignant et essayiste français.

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