28 févr. 2017

Affaire Fillon: un parfum de Bruay-en-Artois, par Anne-Marie Le Pourhiet

Des juges très zélés… 
 
Eliane Houlette dirige le PNF. Dire que l'on se plaint de la lenteur de la Justice.                                       Photo Christophe Archambeault/AFP
Alors comme ça un député provincial qui, selon une habitude parlementaire très répandue, a autrefois recruté sa femme comme collaboratrice parlementaire sans lui donner un travail harassant à effectuer, se rend coupable d’attribution d’emploi fictif et, partant, de « détournements de fonds publics » justifiant l’intervention immédiate du Parquet national financier (PNF) exclusivement compétent « dans les affaires qui sont ou apparaîtraient d’une grande complexité, en raison notamment du grand nombre d’auteurs, de complices ou de victimes ou du ressort géographique sur lequel elles s’étendent » ! Ledit PNF finit cependant par ouvrir une information judiciaire confiée à trois juges d’instruction pour éviter la prescription de ces faits anciens et parce que, selon un proche du magistrat : « Eliane Houlette considère que dans les affaires relativement simples, qui ne nécessitent pas de commission rogatoire internationale complexe, le devoir de la justice est de passer rapidement, sans s’enliser dans les dossiers ». Autant dire que le PNF reconnaît a posteriori qu’il n’était pas compétent pour déclencher l’enquête. Dont acte.

Opération mains propres

Ce qui est nouveau, c’est la qualification juridique retenue pour justifier l’intervention du juge pénal dans une pratique banale. Est-ce à dire que désormais tout élu, fonctionnaire, collaborateur public ou membre d’un conseil ou comité Théodule quelconque qui ne travaille pas en proportion exacte de ce qu’un procureur estime nécessaire à sa rétribution devrait en passer par la case prison au motif qu’il s’agirait d’un « détournement de fonds » ? Ça promet du monde dans nos établissements pénitentiaires déjà surchargés.
Si les juges italiens en faisaient autant à l’égard de tous les  fannulloni dont la péninsule a l’habitude de se moquer, l’opération mani pullite (mains propres) viderait tous les ministères, le Parlement et les administrations territoriales du bel paese.

Chez nous, il faudrait d’abord faire une perquisition de grande envergure au Conseil économique, social et environnemental où il est de notoriété publique qu’une l’indemnité mensuelle brute de 3800 euros est versée à 233 conseillers dilettantes qui ont l’habitude de quitter les quelques très rares réunions auxquelles ils sont convoqués aussitôt après avoir badgé. Chacun sait d’ailleurs que les membres des organisations « représentatives » qui y siègent reversent une part de leur indemnité à leur syndicat d’origine. Les nominations de « personnalités qualifiées » (dites PQ) y sont depuis toujours utilisées par le gouvernement en place pour servir des prébendes à des amis de toutes sortes, souvent dépourvus de toute qualification. La Cour des comptes a d’ailleurs constaté que le personnel administratif de ladite institution jouit aussi, par voie de conséquence, d’un temps de travail très limité.

Lettre ouverte à Edwy Plenel pour l’honneur de Pascal Bruckner, par Isabelle Kersimon

Quand des vérités claquent, le patron de Mediapart dégaine le Point Facho. Examen à la loupe.
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Oui, une certaine extrême droite en France, traditionnellement xénophobe, affichant une nostalgie vivace pour le Führer et pour le Reich, et une fascination assumée pour leurs avatars contemporains, se répand en discours immondes et pathétiques sur nos concitoyens musulmans et sur l’islam en général. Pas toute l’extrême droite, cependant.
Celle de Dieudonné et Soral, par exemple, ou encore la frange dure de la catho-laïcité, flattent plutôt, tout aussi stupidement que les premiers la conspuent, ce qu’elles considèrent comme « l’islamité » : la haine d’Israël et des Juifs pour les uns ; la pudibonderie victorienne et la soumission à l’autorité bourgeoise pour les autres.

Bruckner, Plenel et l’affaire Meklat

 

Pascal Bruckner n’est pas de ceux-ci, ni de ceux-là. Et s’il en fallait une preuve ultime, l’on pourrait convoquer Un bon fils, magnifique récit autobiographique publié après la mort d’un père obsédé par les Juifs et admirateur actif de l’Allemagne nazie (1). En bon fils d’un salaud de père antisémite, Bruckner est devenu un homme de gauche et, dans la tradition antique de la gauche, un humaniste assumant ses choix, que l’on peut contester sans le nazifier.

C’est donc à juste titre qu’il a, dans le Figaro, d’une plume incisive et lucide, toujours marquée de l’élégante distance qui caractérise l’écrivain, a ironisé sur le fait que Mediapart recueillerait sans doute Mehdi Meklat, peut-être orphelin du Bondy Blog, au nom de la lutte contre « l’islamophobie ». Et, sacrilège, il a qualifié votre pure player de « site fréro-salafiste » (2).