24 avr. 2017

Leçons du premier tour de la présidentielle française, par Amram Castellion

Pour ceux qui craignaient un résultat serré et une longue attente, la soirée d’hier a du moins offert le soulagement d’une conclusion claire. Emmanuel Macron emporte largement le premier tour, avec 23,86% des suffrages exprimés, soit deux points et demi devant Marine Le Pen qui plafonne à 21,43%. En troisième arrive François Fillon, qui obtient juste un peu moins de 20% des voix. Il est immédiatement suivi de Jean-Luc Mélenchon à 19,6%. Puis viennent les petits candidats, parmi lesquels deux émergent : celui du parti socialiste, Benoît Hamon, à 6,3%, et le candidat dissident de la droite eurosceptique, Nicolas Dupont-Aignan, à 4,7%.
 
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Dupont-Aignan a joué pour la droite, en 2017, le rôle que Christiane Taubira avait joué pour la gauche en 2002. Il a pris à François Fillon des voix qui, en son absence, se seraient portées sur lui et l’auraient placé au second tour.
 

Le modèle de société offert par les islamistes n'est pas très éloigné du stalinisme, par Alexandre Devecchio

FIGAROVOX.- Dans votre dernier livre, Rouge Eden, vous mêlez thriller et réflexion politique sur le totalitarisme. Vous nous plongez dans l'époque du goulag. Pourquoi ce mélange des genres ?

Peu de différence entre un psychopathe à la Ted Bundy et un dirigeant mégalomane, tel qu'un Staline, un Assad, un Hitler, un Chavez ou un Ayatollah Khameni.

Pierre Benichou.- J'ai tenté, à travers Rouge Eden, d'avoir une approche plus philosophique de l'époque actuelle que dans un simple «thriller». Alors que le débat politique fait rage en France et que l'on voit les extrêmes -- qui, finalement, se rejoignent faute de se ressembler totalement -- gagner en puissance grâce des discours populistes, il est utile de rappeler que les camps du goulag communiste n'avaient rien à envier aux camps de concentration nazis. La question que je pose est celle de l'opposition entre liberté individuelle et sécurité collective, en mettant en scène un tueur en série qui serait, peut-être la réincarnation d'un professeur de physique quantique, condamné par erreur à l'exil en Sibérie dans les années trente. L'hypothèse de la réincarnation est la seule petite fantaisie volontairement spiritualiste d'un récit qui, par ailleurs, se base sur des faits historiques. 

Je décris donc les actions d'un individu qui se venge de la société à travers des crimes atroces, en réaction au souvenir inconscient de ce qu'une société collectiviste est capable de produire comme abominations. À l'ère du politiquement correct et de l'équivalence morale des systèmes, j'ai voulu pousser à l'extrême en soulignant le peu de différence qui sépare un psychopathe à la Ted Bundy d'un dirigeant mégalomane, tel qu'un Staline, un Assad, un Hitler, un Chavez ou un Ayatollah Khameni. L'un récolte l'opprobre général, tandis que l'autre trouvera toujours des masses d'« idiots utiles », selon la formule de Lénine, pour l'exonérer de ses atrocités au nom du bien collectif. Étant romancier et non essayiste, je propose une réflexion par un récit imaginaire parsemé de faits précis et indiscutables, dans lequel l'émotion a une part fondamentale.