27 avr. 2017

L’analyse de l’attaque de l’Aéroport de Damas, par Stéphane Juffa

La nuit dernière, à 3h25 locales, cinq missiles ont frappé un site de déchargement et de stockage au sud-ouest de l’Aéroport International de Damas, causant des explosions entendues dans tous les quartiers de la capitale syrienne, suivies d’importants incendies. Les media de Bashar al Assad ainsi que la presse arabe ont confirmé les faits. Le chef de la Ména libanaise, Michaël Béhé, s’est entretenu par téléphone avec des témoins oculaires directs de l’attaque.
 
Cette opération fait suite à l’arrivée, plus tôt dans la nuit, de plusieurs avions cargos iraniens qui apportaient du matériel de guerre avancé à destination des miliciens du Hezbollah libanais. Il s’agit de deux Boeing 747, de deux Ilyushin IL-76, ainsi que d’un Airbus A300 de la compagnie perse Mahan Air. Toute personne possédant un ordinateur et branché sur l’un des sites publics de suivi du trafic aérien tel que Flightradar24 aurait pu suivre l’évolution de ces appareils en temps réel (voir la photo ci-dessous).
 
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Les vols Iran-Damas de cette nuit
 
Pour Tsahal, il était impératif de détruire l’ensemble de ce matériel alors qu’il se trouvait encore rassemblé en un endroit unique, faute de quoi, il se serait éparpillé sur les routes en direction du Liban, rendant sa destruction aléatoire.
 
On ne possède aucune information confirmée quant au mode opératoire utilisé par les Israéliens. Notre hypothèse est que des chasseurs-bombardiers à l’Etoile de David ont tiré les missiles à partir du territoire israélien, sans avoir à pénétrer l’espace aérien syrien.
 
La sophistication atteinte par ces engins de conception israélienne, et surtout leur précision (moins d’un mètre de la cible visée) sont telles, que pour des attaques dans un rayon d’action similaire à celui de ce matin, il est inutile de risquer la vie des pilotes et l’intégrité de leurs machines. De même qu’il n’est pas nécessaire de croiser des appareils divers et variés qui pullulent dans le ciel syrien.
 
L’avantage de posséder de telles armes donne aux Hébreux la possibilité d’intervenir différemment des Russes et des Américains dans ce théâtre d’opérations ; alors que les Russes sont contraints d’envoyer des dizaines d’avions noyer littéralement leurs objectifs sous leurs bombes afin de s’assurer de leur oblitération, tout en causant d’énormes dégâts collatéraux, et que les Américains envoient des dizaines de missiles de croisière plus ou moins précis pour atteindre un résultat semblable, il suffit aux Israéliens de larguer cinq missiles, touchant chacun sa cible, pour parvenir à un résultat militairement parfait, tout en réduisant au minimum les destructions collatérales.
 
Reste que selon nos sources, une quinzaine de miliciens du Hezbollah, dont un officier supérieur, et plusieurs Gardiens de la Révolution khomeyniste ont perdu la vie lors de l’attaque de cette nuit. Il y aurait en outre également quelques dizaines de blessés. La raison de ces pertes est à chercher dans le fait que la zone de déchargement frappée est gérée de manière quasi-autonome par la milice chiite et ses mentors iraniens. Ce sous-complexe abrite des entrepôts, des hangars pour avions ainsi qu’une petite zone industrielle.
 
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Les flammes sur l’Aéroport de Damas après l’attaque
 
Depuis hier matin, et jusqu’au moment où nous publions cette analyse, l’activité du Khe’l Avir (l’Aviation militaire israélienne) est incessante sur la rédaction de Metula ainsi que sur le plateau du Golan. De plus, durant toute la nuit, un grand exercice militaire s’est déroulé sur le Golan, à proximité immédiate de la frontière syrienne. La région n’a cessé d’être secouée par des tirs d’artillerie à munitions réelles et de nombreux habitants de la région, inquiets, ont appelé la rédaction pour savoir ce qu’il se passait.
 
La tenue de manœuvres de ce genre est tactiquement intéressante lorsqu’elles se déroulent parallèlement à une opération offensive en territoire ennemi, car elle permet de déployer tout le matériel et les hommes nécessaires en cas de tentative de riposte de l’adversaire.
 
On rappelle à ce propos que le dictateur syrien Bashar al Assad avait promis, il y a deux semaines et demi de cela, juste après le raid précédent qui avait détruit un arrivage d’une centaine de missiles selon des sources militaires, que les règles d’engagement avaient changé et qu’il répliquerait à toute nouvelle attaque par un tir nourri de missiles Scud sur l’Etat hébreu. Il y a deux semaines et demi, son armée avait d’ailleurs tiré un missile de haute altitude qui avait été intercepté par un Khetz (Arrow, Flèche) alors qu’il survolait la Jordanie. Les débris s’étaient écrasés sur le territoire de la monarchie hachémite.
 
Ce jeudi matin, sur les réseaux sociaux, des officiers syriens assurent à leur tour qu’ "il y aurait une riposte à l’opération de ce matin et qu’elle ne tarderait pas à venir". Damas a toutefois été prévenu par des canaux diplomatiques qu’en cas de tentative d’attaque de sa part, non seulement les fusées de la dictature alaouite seraient interceptées, mais aussi que leurs bases de lancement et les stocks de ces armes seraient anéanties, en plus de frappes contre des objectifs militaires stratégiques et même des lieux de résidence du dictateur et de son entourage.
 
A Metula, on doute fort du sérieux des menaces d’al-Assad, tant le rapport de force entre Damas et Jérusalem est déséquilibré, et tant cela participerait, pour la dictature alaouite, d’un calcul suicidaire que d’attirer Tsahal dans l’équation de la Guerre Civile syrienne. 

 Lire la suite sur le site de la Mena : http://www.menapress.org/l-analyse-de-l-attaque-de-l-a-roport-de-damas-info-012704-17.html

La vanité du référendum turc, par Daniel Pipes

Ce dimanche, des millions de Turcs voteront pour approuver ou rejeter les amendements à la constitution adoptés en janvier dernier par le parlement turc. Un article d'opinion publié par l'agence de presse allemande Deutsche Welle explique que ces amendements sont « cruciaux » car ils « donnent tous les pouvoirs à une seule personne qui n'aura pratiquement plus aucun compte à rendre », et feront disparaître ce qui reste de démocratie en Turquie. Quasiment tous les observateurs s'accordent à dire que si le référendum passe, la Turquie se métamorphosera en État autoritaire.

Erdoğan rencontre Mahmoud Abbas au milieu d'une garde d'honneur composée de soldats aux uniformes de différentes époques des peuples turciques.
Pour ma part (comme pour d'autres), je ne partage pas cet avis. Il y a déjà des années que le président turc Recep Tayyip Erdoğan s'est arrogé tous les pouvoirs que les changements constitutionnels sont censés lui accorder. Il est déjà le maître de tout ce sur quoi il souhaite établir sa domination, soit par des moyens démocratiques, soit en arrangeant les résultats d'élections. La réussite du référendum ne fera que conforter une réalité déjà bien sensible.

Considérons la nature du pouvoir de M. Erdoğan. L'obséquieux Premier ministre Binaldi Yıldırım, milite infatigablement en faveur des changements constitutionnels qui élimineront son propre poste, traditionnellement le plus puissant du pays. Les personnes critiques envers le président tout puissant risquent jusqu'à l'emprisonnement de leur enfant. Le plus petit lien avec la tentative de coup d'État (peut-être montée de toutes pièces) en juillet dernier peut entraîner une perte d'emploi – voire pire. L'État a l'habitude de jeter des journalistes en prison en prétextant de prétendus liens avec le terrorisme, ce qui provoque la fermeture de publications véritablement indépendantes.

Chronique de Michaël Bar-Zvi | Aleph Be Yaar 5777 - 27 avril 2017

Boker tov amis auditeurs de Radio J. Le Premier ministre israélien a annulé sa rencontre avec le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel en visite en Israël. La presse en Europe a évidemment sauté sur cette occasion pour critiquer l’attitude non diplomatique du Président du Conseil israélien, en ne présentant que partiellement ce contentieux. La raison première du refus de Netanyahou est le rejet du protocole diplomatique par le ministre allemand, connu pour ses provocations et ses effets de manche lors de ses visites à l’étranger. Lorsqu’un ministre se rend dans un autre pays, son emploi du temps doit être validé par l’Etat qui le reçoit.


Or Sigmar Gabriel, après avoir à plusieurs reprises accusé Israël de pratiquer l’apartheid, avait décidé de rencontrer non seulement les représentants de l’opposition israélienne à la Knesset, ce qui est tout à fait normal, mais des associations militantes d’extrême gauche. Ce que la presse européenne a omis de dire c’est que Sigmar Gabriel a refusé de rencontrer des associations de familles victimes du terrorisme et de représentants des implantations qui souhaitaient également le rencontrer pour lui expliquer leurs positions.