15 mai 2017

Premières impressions d'Israël, par Arthur Koestler

Article paru dans Le Figaro du 16 juin 1948 
Arthur Koestler en 1950 (photo Rue des Archives)
L'auteur du Zéro et l'Infini et de La tour d'Ezra s'est rendu, ainsi que nous l'avons annoncé, dans l'Etat d'Israël, où il compte passer plusieurs mois, à seule fin d'apporter au monde son témoignage sur le drame palestinien. Le Figaro s'est assuré pour la France l'exclusivité des «notes» du grand écrivain dont nous publions aujourd'hui le premier article.

Premières impressions d'Israël. 
« Au commencement étaient le chaos et la confusion. » Imprimés sur nos passeports avec un tampon en caoutchouc flambant neuf par les représentants, à Paris, du gouvernement provisoire d'Israël, nos passeports -- celui de ma femme et le mien -- portaient les numéros cinq et six…

Des écriteaux à l'aéroport d'Haïfa : « Douanes-Police-Passeports », peints tout fraîche, ment en hébreu et en anglais. Nommé de la veille, l'officier d'immigration d'Israël n'a pas encore d'uniforme, pas plus d'ailleurs que l'inspecteur des douanes, ou que l'armée elle-même. En fait, l'uniforme de tous les serviteurs de l'Etat d'Israël, qu'ils soient civils ou militaires, se borne à la vareuse et au short kaki. Les autorités portuaires sont toutes aussi affables, inefficaces et enthousiastes. C'est la bureaucratie dans son état d'innocence virginale, avant qu'elle n'ait eu le temps de se tisser son cocon de règlements.