2 juin 2017

Les remailleurs de la mémoire: « Les Bus de la honte de Malka Marcovich et Jean-Marie Dubois », par Guylain-David Sitbon

Le livre écrit par Jean-Marie Dubois et Malka Marcovich est un modèle de ce qui se fait -- et doit se faire- pour traquer les hypocrites en tous genres, les salauds de tous acabits, les « criminels de bureau » qui, par leur pleutrerie ont permis l’irréparable. Il donne à voir ce que Hanna Arendt a défini, géniale erreur, comme la « banalité du mal » -- car l’ingénieur en chef du Hourban était tout sauf l’innocent et discipliné bureaucrate qu’il a surjoué au cours de son procès, ce qui n’enlève rien à la réalité du concept qui pose un fer rouge sur une modalité du comportement humain.
 
Les revenus considérables issus de ces services ignobles qui consistaient à envoyer à la mort des dizaines de milliers d’hommes, de femmes, de vieillards et d’enfants, étaient dûment enregistrés en comptabilité dans les rubriques adéquates mais dont les intitulés font froid dans le dos ; « recettes accessoires » et « recettes marchandises, messageries et transports divers » .
Le « héros « du livre s’appelle Lucien Nachin. C’est le grand-père de Jean-Marie Dubois. Il ferait un héros idéal pour un roman de Patrick Modiano, mais là, comme souvent, la réalité dépasse la fiction. Nachin a des états de services militaires impeccables. Il est proche d’amis de Léon Blum. Il est surtout un ami personnel, et de longue date, de Charles De Gaulle avec lequel il entretient une correspondance avant, pendant et même après la guerre.