10 oct. 2017

Israël: un débat sans contradicteur, par Oudy Bloch

Dans son émission « Répliques » du 30 septembre dernier sur France-Culture, Alain Finkielkraut a choisi d’évoquer les 50 ans qui ont suivi la Guerre des 6 jours et d’inviter Jean-Paul Chagnollaud, Président de l’Iremmo et David Chemla, secrétaire général de JCall.
 
Dans une émission censée faire se confronter les points de vue, inviter deux intervenants qui s’accordent à peu près sur tout réduit l’intérêt de l’exercice. Peinture de Holder

Si le choix du thème ne souffre aucun commentaire, celui des invités en revanche laisse perplexe. Non pas tant en raison de leurs positions sur le sujet que chacun est libre de ne pas partager. Mais parce que dans une émission censée faire se confronter les points de vue, inviter deux intervenants qui s’accordent à peu près sur tout réduit l’intérêt de l’exercice. Et c’est regrettable. Car les mots ont un sens et les notions ont leur importance. Partir du postulat qu’Israël « occupe la Cisjordanie » et asséner tout au long de l’émission, par invité interposé, qu’elle y développe une politique impérialiste dont il ressort une frustration à l’origine de tous les maux des palestiniens ne revient pas à faire un constat objectif de la situation mais bien à nier l’Histoire et la réalité géopolitique et juridique.
 

Quel est ce monde étrange ?

 

Quel est ce monde étrange où l’on nomme « Cisjordanie » ou « Territoires Palestiniens », des terres sur lesquelles se trouvent les vestiges de l’histoire plurimillénaire du peuple Juif, celle que l’UNESCO tente d’effacer par le vote obsessionnel de résolutions grossièrement mensongères. Des terres que la résolution 181 de l’ONU, partageant la Palestine mandataire en un Etat juif et un Etat arabe, prenait soin de dénommer « Judée-Samarie ». Le néologisme « Cisjordanie » ne sera inventé qu’après que la Transjordanie ait occupé puis annexé la Judée-Samarie en 1950. Or, ce terme ne recoupe aucune réalité historique, juridique, ni même culturelle palestinienne. La Judée-Samarie, en revanche, désigne non seulement une réalité géographique mais également historique du peuple Juif. L’utilisation du terme « Cisjordanie » n’est pas neutre ni anecdotique et permet, par la force de l’usage, de déjudaïser une partie du pays.

Quel est ce monde étrange dans lequel Israël est le seul pays, victorieux des guerres défensives qu’on lui a imposées, à qui l’on demande de restituer les territoires conquis (Sinaï, Gaza, Golan…). Une restitution que d’aucuns voudraient totale alors que la résolution 242 de 1967 ne prévoyait pas qu’Israël rende « tous les territoires » conquis mais « certains territoires ». Des territoires (la Judée-Samarie donc) qui, en 1967, étaient sous domination jordanienne. Une restitution qui ne donnerait en tout état de cause aucune légitimité historique ni légale aux palestiniens puisqu’en 1988, la Jordanie renonçait officiellement à sa souveraineté sur ces territoires, ceux-là mêmes dont le Haut Comité palestinien avait refusé, en 1947, d’en faire son Etat en rejetant la résolution 181.

 

Vous avez dit colonies ?

 

Quel est ce monde étrange où les implantations d’habitations deviennent des colonies dans leur acception impérialiste, fruits d’une politique coloniale dont les motivations principales seraient alors la mission « civilisatrice » et la captation des débouchés économiques. Alors que les usines construites par les Israéliens en Judée-Samarie emploient majoritairement des palestiniens à qui personne ne pense à demander s’ils n’y sont pas mieux traités qu’à Ramallah ou à Gaza, ce qui serait pourtant instructif. Alors aussi que depuis les Accords d’Oslo 2, la Judée-Samarie est découpée en trois zones et la totalité des implantations israéliennes sont situées dans les zones sous administration israélienne, que ces Accords prévoyaient que cette répartition de la Judée-Samarie durerait jusqu’à un accord final entre les parties, ce qui n’est toujours pas le cas.

 

Une Palestine officiellement « Judenrein »

 

A l’évocation, par Alain Finkielkraut, du danger existentiel qui pèse sur Israël face au Hezbollah et au Hamas et du risque qu’un Etat Palestinien n’en fasse peser un troisième de même nature, Chagnollaud lui répondra de ne pas mettre sur un même plan les « colonies » et la présence militaire. Israël pourrait en effet, selon lui, maintenir une présence militaire suffisante le temps que la paix soit assurée et dans l’intervalle faire évacuer toutes les implantations. Une Palestine officiellement « Judenrein » en quelque sorte. Et cela n’émeut personne. On n’ose imaginer les réactions scandalisées des mêmes et des autres si Israël venait à évoquer la possibilité d’une mesure réciproque visant les musulmans … car c’est bien la « présence juive » et non israélienne que Mahmoud Abbas annonçait vouloir interdire dans un futur Etat palestinien lors d’une réunion extraordinaire de la Ligue Arabe il y a à peine un an.

Et les invités d’insister sur la détresse des palestiniens, radicalisés en raison de la politique évidemment intransigeante d’Israël et de l’instrumentalisation par Netanyahou de cette situation à des fins politiciennes. Le débat n’en n’était pas un.

 

Les sujets oubliés…

 

D’autres invités auraient pu évoquer davantage les attentats terroristes des palestiniens toutes tendances confondues, le double langage de l’Autorité Palestinienne, l’éducation des enfants palestiniens dans la haine des Juifs, les refus palestiniens des plans de partage ou de paix de 1937 (commission Peel), 1947 (Résolution 181), 1978 (Camp David), 2000 (Ehud Barak), 2008 (Ehud Olmert), la volonté affichée du Hamas de détruire Israël, les résolutions dangereusement grotesques de l’Unesco, la corruption endémique des dirigeants palestiniens qui maintiennent leur peuple dans la misère, la torture des homosexuels, des apostats et des prisonniers politiques…

A quand une émission avec Mosab Hassan Youssef, fils d’un des fondateurs du Hamas et ex-membre du Hamas lui-même, ou Waleed Al-Husseini, blogueur palestinien torturé par l’AP ? A quand une émission pour libérer la parole de ceux que personne ne veut entendre ?
Bientôt on espère.

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